Retour à Tahiti avec un troisième dessin portrait en noir et blanc sur le thème de la culture Maori. Toujours d’après un photo de François Nars, le portrait sombre et pénétrant d’une jeune tahitienne mélancolique, toute vêtue de feuilles de pandanus. La version féminine du tahitien Maori à la couronne.

Portrait dessin d’une jeune tahitienne mélancolique

Une jeune tahitienne photographiée par François Nars

Célèbre artiste-maquilleur français, François Nars a succombé au charme de Tahiti, où il s’est d’ailleurs installé à la fin des années 90. Devenu propriétaire de l’île de Motu Tane à Bora Bora, l’artiste s’est adonné à la photographie pour nous livrer en 2013 l’ouvrage « Faery Lands, Tahiti », regroupant de superbes portraits d’autochtones. Inspirés par les photos de mode et sa vision de maquilleur, ses clichés sont d’une beauté déconcertante, presque irréelle. Son approche de la photographie n’est pas pour autant artificielle. Par le biais du maquillage et de la mise en scène, le photographe cherche avant tout à sublimer la beauté réelle de ses modèles. Ce portrait d’une jeune tahitienne fait partie de sa collection.

Le dessin portrait d’une jeune fille mélancolique

La jeune fille de ce portrait est l’archétype même de la tahitienne dans l’imagerie collective. Elle est vêtue d’une couronne et d’un collier en pandanus tressé qui lui couvre la poitrine. Ce costume traditionnel Maori et ses longs cheveux noirs lâchés lui font ressembler à une danseuse de Ori Tahiti (la danse tahitienne, composante essentielle de la culture Maori).  La jeune tahitienne se tient debout, la tête légèrement inclinée vers la droite. Son regard est perdu dans le vide et son expression profondément mélancolique, comme si plus rien n’avait d’importance à ses yeux. La couronne de feuilles de pandanus qui coiffe la tête de la jeune fille, qu’on appelle en tahitien « Hei Pae’ore », lui donne des allures de sainte ou de martyr. Cette beauté figée et mortifère ternit l’image d’une civilisation heureuse et pleine de vie, qui évolue dans un environnement paradisiaque. Elle devient l’expression d’un malaise, le vrai visage d’une culture qui s’éteint, remplacée progressivement par le tourisme de luxe et le monde du show-biz. Si le regard de la jeune tahitienne semble exprimer de la résignation face à cette évolution, son visage dégage malgré tout une certaine force, peut-être ce qu’il reste de la fierté d’un peuple profondément enraciné dans sa culture.

Un dessin en noir et blanc, sombre et pénétrant

Tout comme le tahitien Maori à la couronne, ce portrait a été entièrement dessiné au crayon. Je voulait en effet conserver une unité de technique entre les deux tableaux, qu’ils se répondent par leur style, leur sujet et leur atmosphère commune. La photo de François Nars me faisait penser à une icône religieuse, par la position nonchalante de la jeune Maori et la pureté de son visage. C’est l’opposition entre cette pureté et l’atmosphère sombre du portrait qu’il me plaisait de travailler. Une sorte de clair-obscur qui illustre le combat entre la vie et la mort. Le noir et blanc reflète parfaitement l’humeur morose de la jeune fille. Le fond noir réalisé au crayon gras (6B) apporte du contraste, de la dureté au portrait et rend encore plus pénétrant le regard de la tahitienne. Il met en lumière son visage et révèle la beauté de ses traits, travaillés tout en finesse au crayon HB. Une opposition jusque dans la technique pour un rendu nuancé et sensible.